Ampere Computing : derrière l'annonce de CPU maison, le besoin de transformer l'essai

5 nm is coming
Ampere Computing : derrière l'annonce de CPU maison, le besoin de transformer l'essai

Si AMD a fait du mal à Intel dans le domaine des serveurs, un autre acteur s'est démarqué ces dernières années, avec des solutions exploitant l'architecture ARM cette fois : Ampere Computing. La société vient d'annoncer de nouveaux processeurs qui pourraient changer la donne.

Ampere Computing est une jeune société, créée fin 2017 par Renée James peu après son départ d'Intel. Elle est soutenue par le fonds Carlyle Group, qui lui a apporté des licences et IP, et s'est donnée pour mission de repenser les processeurs pour serveurs, en allégeant l'architecture ARM pour l'adapter aux seuls besoins du cloud.

Quelques mois plus tard, la société évoquait son premier produit gravé en 16 nm FinFET par TSMC : l'eMAG 8180. Disponible dès septembre 2018, il n'était qu'une première étape. Il ne proposait en effet « que » 32 cœurs ARMv8-A cadencés jusqu'à 3,3 GHz, avec 42 lignes PCIe 3.0 et huit canaux de DDR4-2667 pour un TDP de 125 watts. 

Ampere Computing avait déjà à l'époque l'objectif d'aller bien plus loin, avec l'intégration d'un nombre croissant de cœurs, offrant une densité incomparable par rapport à l'offre de ses concurrents. Ce qui lui a valu tôt le soutien de certains fournisseurs de services Cloud (CSP) comme Packet ou de constructeurs tels que Lenovo. 

Ampere Computing Altra Design

Altra ou le début de la réussite

Après une levée de fonds début 2019, la société lançait sa gamme Altra début 2020, avec cette fois pas moins de 80 cœurs jusqu'à 3 GHz. Comme prévu, elle était gravée en 7 nm par TSMC, exploitant l'architecture ARM Neoverse N1 (v8.2+, SBSA Level 4, SIMD 2x 128 bits), une accélération de l'IA en inférence (INT8, FP16). Elle pouvait fonctionner sur 1 ou 2 sockets avec un maximum de 4 To de DDR4 (3200), 128/192 lignes PCIe 4.0 et un TDP gobal de 210 watts.

De nouveaux partenaires étaient alors de la partie, comme Canonical, Gigabyte, Microsoft Azure, Oracle ou encore VMWare. Ce processeur était attendu pour la mi-2020, devant rapidement évoluer. Car dès juin la version Max à 128 cœurs était annoncée, prévue avant fin 2020. Là encore avec une croissance de l'écosystème.

D'autres de poids s'étaient manifestés : NVIDIA, qui était alors en pleine adaptation de sa couche logicielle à ARM, avant d'officialiser sa volonté de racheter l'entreprise, mais aussi Cloudflare ou Equinix et... Scaleway. Le Français disait à l'époque évaluer la solution pour un renouvellement de ses offres ARM fin 2020 qui n'est jamais intervenu. 

Ampere Computing indiquait alors disposer de solutions nécessitant les 3/4 de la consommation d'un EPYC d'AMD pour le même niveau de performances. Et pouvoir grimper à 1,6x ses performances avec une consommation moindre dans le cadre des Altra Max. Des affirmations vraies surtout dans certains cas.

Ampere Computing Roadmap 2021Ampere Computing Roadmap 2021

Cap sur le 5 nm

Quoi qu'il en soit, la suite était déjà tracée pour l'entreprise qui venait de réussir la production d'une puce de test en 5 nm. Là encore les choses sont allées assez vite et il y a quelques jours, Renée James et son équipe tenaient une conférence en ligne pour faire le point sur leur feuille de route et les projets des deux prochaines années.

Un évènement peu enthousiasmant dans sa forme, mais d'importance sur le fond. Car c'est une nouvelle étape importante qui se prépare : le développement de cœurs CPU maison, à la manière de ce qu'a annoncé NVIDIA avec Grace. Ils ne seront plus basés sur une solution clé en main à adapter, mais resteront compatibles avec ARM. 

Ils seront utilisés sur une puce « nouvelle génération » attendue pour l'année prochaine, gravée en 5 nm. Ils sont bien entendu annoncés comme plus performants et efficaces d'un point de vue énergétique. Plus de 128 cœurs pourront être embarqués au sein d'un même processeur, même si le chiffre exact n'a pas encore été dévoilé.

La génération suivante est attendue pour 2023, sans plus de détails pour l'instant.

Ampere Computing doit passer la seconde

Quatre ans après sa création, Ampere Computing semble arriver à un certain niveau de maturité et se préparer à un point d'inflexion dans son histoire. Elle le fait d'ailleurs avec un jeu à son avantage, puisque les solutions ARM sont dans la tendance du moment, avec un support qui tend à s'améliorer, une partie du secteur se focalisant de manière croissante sur les questions de densité, d'efficacité énergétique, cherchant parfois des alternatives à x86. 

La société peut ainsi être pour les CSP une manière de répondre à AWS et ses puces Graviton que l'entreprise de Jeff Bezos se réserve, lorsque la puissance et la grande compatibilité des EPYC d'AMD ou Xeon d'Intel n'est pas nécessaire. Le soutien de NVIDIA à l'écosystème ARM est un plus qui joue également en sa faveur, même s'il lui faudra prendre garde à l'arrivée de solutions très optimisées pour les GPU maison comme Grace (en 2023).

D'ici là, il faudra qu'Ampere Computing aille au-delà des effets d'annonce de ses débuts. Que l'on commence à trouver ses produits plus concrètement chez les CSP (comme Scaleway en France), dans les catalogues des constructeurs et leurs intégrateurs, avec un nombre croissant de serveurs visant des usages diversifiés. 

Car l'avance prise peut rapidement disparaître, et la concurrence accrue dans le secteur ces dernières années pousse ses acteurs à se dépasser. Pour rester indépendante, l'équipe de Renée James va donc devoir trouver le moyen de s'imposer et faire des solutions d'Ampere Computing un incontournable des datacenters de demain.

  • Introduction
  • Altra ou le début de la réussite
  • Cap sur le 5 nm
  • Ampere Computing doit passer la seconde
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