Cartes graphiques indisponibles et minage : quelques chiffres pour comprendre le phénomène

Ruée vers l'or et vendeurs de pelles
Composants 12 min
Cartes graphiques indisponibles et minage : quelques chiffres pour comprendre le phénomèneCrédits : BackyardProduction/iStock

Vous l'avez sans doute remarqué, mais il ne fait pas bon changer de PC depuis quelques mois. Le prix des composants est en hausse... lorsqu'ils sont disponibles. Et malgré les promesses des constructeurs, cela ne s'arrange pas, surtout du côté des GPU. Quelques calculs suffisent à comprendre pourquoi.

Trouver une carte graphique à un tarif décent relève du parcours du combattant. Si AMD et NVIDIA ont multiplié les annonces de nouveaux modèles ces derniers mois, elles se font encore rares chez les revendeurs. En septembre/octobre, on espérait que cela ne durerait que quelques semaines... mais ça continue, encore et encore.

Des GPU plus performants et efficaces, mais pas que

Certes, ces nouvelles générations sont très attractives. Le prix du TFLOPS de calcul a drastiquement chuté, les performances ont grimpé en flèche, le tout avec des consommations qui restent le plus souvent raisonnables à la faveur de nouvelles finesses de gravure. De quoi inciter les joueurs à renouveler en masse.

La crise sanitaire est également passée par là. Et outre les difficultés qu'elle continue d'imposer en termes d'approvisionnement, elle génère un surplus de demandes sur les composants informatiques et donc une pénurie qui va au-delà des seules cartes graphiques. On le voit d'ailleurs dans de nombreux secteurs.

Ces dernières semaines, le prix de la mémoire a par exemple explosé. On trouve également avec plus ou moins de facilité les derniers CPU en date. Ce, alors que les usines tournent à plein régime. Mais l'indisponibilité des GPU a cela de particulier qu'elle s'explique par un autre facteur : le retour en force du minage de crypto-monnaies.

Pour vous aider à le comprendre, analysons les tendances et les chiffres.

Minage, pools, halving et compagnie

Nous ne reviendrons pas ici sur le principe général des crypto-actifs ou le bien-fondé de ces solutions, que ce soit d'un point de vue économique, sociétal ou écologique. Ici, nous vous expliquerons simplement en quoi les cartes graphiques sont exploitées pour ce marché et ce que cela implique sur la demande mondiale.

Les crypto-monnaies comme Bitcoin (BTC) ou Ethereum (ETH) sont de type « proof of work ». C'est-à-dire que leur réseau se compose de millions de machines qui ont pour rôle de valider les transactions, distribuées en blocs, sur la base de calculs mathématiques complexes. Effectuer ces calculs, c'est ce que l'on nomme « miner ».

Cela revient à mettre à disposition du réseau la puissance de calcul de sa machine. Chaque transaction sur le réseau menant au paiement d'une commission, celle-ci est utilisée pour rémunérer le minage. Dans le cas de bitcoin, chaque bloc est également l'occasion d'une nouvelle création monétaire partagée entre les mineurs.

Actuellement, elle est de 6,25 BTC par bloc. Mais le protocole divise par deux cette valeur tous les 4 ans, jusqu'à un maximum de 21 millions en 2140. Le dernier halving (c'est le nom de cette procédure), date de mai 2020.

Les blocs étant assez gros, miner seul est presque impossible puisqu'il faut une puissance de calcul très importante pour y parvenir. C'est pour cela que des pools ont été créés. Leur objectif est de regrouper les mineurs entre eux pour qu'ils s'attaquent constamment à de nouveaux blocs, les plus rémunérateurs si possible.

Ce n'est pour autant pas la seule manière de se rémunérer via les crypto-monnaies. Outre ceux qui jouent avec les cours comme en bourse, il y a aussi des cas où la récompense est liée au fait de mettre à disposition d'autres ressources, comme de la capacité de stockage dans le cas de Filecoin. Ou d'avoir à disposition une certaine quantité d'une crypto-monnaie. Dans ce dernier cas, on parle de « proof of stake » et de staking.

Coût du minage et machines utilisées

Ces derniers mois, le cours du bitcoin, et de bien d'autres crypto-monnaies a explosé. On est ainsi passé de 3 300 euros par BTC en janvier 2019 au double un an plus tard, près de 25 000 euros début janvier 2021. Le double désormais : plus de 50 000 euros. De quoi (re)suciter des vocations.

Cours Bitcoin 2020-2021Cours Ethereum 2020-2021
+633% et +1 032%; en 2020, Bitcoin et Ethereum étaient de bons placements - Source : Coinbase

Mais à quel point miner est-il rentable ? Pour le savoir, il faut tout d'abord comprendre que cette notion dépend de nombreux facteurs. Tout d'abord, le coût de la machine servant aux calculs. Et contrairement à ce que certains pourraient penser, l'objectif n'est pas en général de miner du bitcoin, mais plutôt de l'Etereum qui est actuellement la monnaie la plus rentable à générer via un GPU et donc un ordinateur « classique ».

Plus il coûte cher, plus de temps il faudra pour le rentabiliser. Le composant principal est ici la carte graphique, et seulement elle. Elle n'a pas besoin d'une bande passante énorme, le CPU et la mémoire système importent peu, la capacité de stockage aussi. Il faut un GPU efficace accompagné de mémoire graphique rapide. Optimisé pour délivrer le meilleur ratio calcul/énergie consommée. Car c'est l'autre grand point à maitriser : le coût de l'électricité.

En France, comptez 15,58 centimes selon le tarif bleu d'EDF (puissance souscrite de 6 kVA), soit 1,3648 euro TTC par watt consommé sur un an. Un montant que l'on peut réduire chez certains fournisseurs d'éléctricité mais qui restera important. Sans parler de la chaleur générée. Miner en plein été dans une maison mal isolée dans le sud de la France peut devenir un calvaire... au point de brancher une climatisation, consommant elle aussi de l'électricité.

Mining Rig On trouve même des sctructures pensées pour accueillir de nombreuses cartes graphiques sur un seul PC - Crédits : Amazon

C'est ce qui explique que le minage soit populaire dans des pays où il fait frais toute l'année et où l'énergie coûte peu cher. Le reste de la configuration se compose en général d'une grosse alimentation (1 000 watts et plus) et de cartes mères avec beaucoup de connecteurs PCIe, pour installer le plus de cartes graphiques possible par système, en PCIe x1. Les composants annexes doivent consommer peu.

Gare à la notion de difficulté

La puissance de calcul (hashrate) s'exprime en général en MegaHashs par seconde (MH/s), correspondant aux millions d'empreintes (hashs) qui peuvent être traités par la puce à chaque seconde. Combien rapporte 1, 10, 100 MH/s ? C'est difficile à dire. Car cela dépend là aussi de différents facteurs, et d'un principal : la difficulté.

Car un réseau de type « proof-of-work » ne fonctionne que s'il y a assez de mineurs pour assurer l'ensemble des calculs nécessaires. Le montant à distribuer reste néanmoins fixe, qu'il y ait un millier ou des millions de machines assurant les calculs. Il fallait donc trouver un moyen d'équilibrer. C'est là que la notion de difficulté entre en jeu. 

Ainsi, plus il y a de machines actives sur le réseau, plus il faut de puissance de calcul pour miner un bloc. Assez logiquement, lorsque le cours explose, cela aiguise les appétits, les mineurs se multiplient rapidement, la difficulté grimpe et il devient de moins en moins rentable de miner. Un phénomène qui s'équilibre sans cesse.

Il suffit de regarder la courbe concernant Ethereum pour s'en convaincre :

Difficulté Ethereum 2021
Source : CoinWarz

Miner aujourd'hui, est-ce rentable ?

Malgré cela, le minage est encore très rentable à l'heure actuelle, ce qui explique en bonne partie la ruée vers les GPU et les initiatives telles que celle de NVIDIA qui propose désormais une gamme dédiée, limitant ses GeForce.

Pour le vérifier, nous avons fait quelques essais et calculs. Tout d'abord pour déterminer la puissance de certains composants actuels ou passés. Pour cela, nous avons utilisé les outils de Nice Hash, qui fournissent rapidement différentes données. Notez qu'il existe des dizaines de solutions de minage, qu'il s'agisse de clients à installer et configurer dans le détail, à des outils plus clé en main, en passant par des OS complets comme Easy Mining. À vous de faire votre choix. La solution ici choisie l'a été pour sa capacité à fournir rapidement des chiffres exploitables.

Nous avons ainsi pu calculer que sur cette plateforme, qui rémunère ses utilisateurs en bitcoins, une tranche de 10 MH/s rapportait en moyenne actuellement 1 700 satoshis par jour (0.00001700 bitcoin). Soit au cours actuel 0,84 euro. Mettons cela en relation avec les performances de plusieurs GPU et leur consommation énergétique :

Rentabilité Crypto Comparatif GPU 2021

Comme on peut le voir, toutes les cartes graphiques ne se valent pas et ce ne sont pas forcément les plus puissantes qui sont les plus intéressantes. La raison est simple : les derniers points de performances s'obtiennent en général grâce à une consommation bien plus élevée. Certaines puces de millieu de gamme sont aussi bien plus optimisées pour les calculs ici nécessaires, ce qui explique certaines disparités.

Ainsi, on voit une nette différence entre la génération Turing (RTX 2000) chez NVIDIA, aux alentours de 0,4 MH/J et les modèles Ampere (RTX 3000) qui s'approchent presque des 0,6 MH/J dans le cas de la 3060 Ti. C'est ce qui explique que celle-ci soit très convoitée, sans parler de sa petite soeur la 3060 qui a finalement été bridée.

Du côté de chez AMD, nous n'avons pas pu mettre la main sur une carte de la génération RX 6000, mais on voit que les modèles précédents s'en tirent de manière honorable, la Radeon VII étant ici au niveau des plus grosses cartes de NVIDIA, mais au prix d'une consommation plus élevée, ce qui grève sa rentabilité.

On le voit néanmoins, chaque carte rapporte chaque jour entre 5x et 12x ce qu'elle coûte en électricité. Vous trouverez des chiffres sur d'autres cartes graphiques via cet outil. Miner est donc plus que rentable, à la difficulté et au cours actuel, si vous disposez déjà d'une machine. Des points loin d'être anodins.

Pensez au coût d'acquisition, l'évolution du cours, les frais, impôts...

Car il ne faut pas oublier un élément important du calcul qui n'est pas pris en compte ici : le coût de ces cartes graphiques. Si une RTX 3090 rapporte près de 10 euros par jour, son tarif public est de 1549 euros, son prix réel plutôt dans les 2 000 à 2 500 euros. Il faut ainsi 6 à 7 mois rien que pour la rentabiliser.

Dans le cas d'une 3060 Ti, l'une des plus efficaces du moment rapportant chaque jour 12,17 fois ce qu'elle coûte en électricité, son tarif public est de 419 euros. En pratique, il faut compter entre  520 et 800 euros pour l'acquérir. Soit là aussi entre trois et six mois pour amortir l'investissement.

Sans parler du reste de la machine, qui peut coûter aussi quelques centaines d'euros et devra être alimenté. Puis l'évolution du cours. Actuellement il est très haut, mais d'ici à ce que vous receviez votre carte graphique et montiez votre machine, est-ce que ce sera également le cas ? Et trois à quatre mois plus tard ? Impossible à dire.

D'autres paramètres sont importants, comme les frais et contraintes des plateformes. Car on ne peut pas récupérer sa mise lorsqu'on le souhaite, il faut en général atteindre un montant minimum pour cela : 0,0005 bitcoin (50 000 satoshis) chez Nice Hash. Avec une 3060 Ti, il faut un peu plus de 4 jours pour y parvenir. Une période pendant laquelle le cours peut fortement évoluer. Vous avez donc tout intérêt à avoir beaucoup de cartes graphiques qui fonctionnent en simultanée ou à vous regrouper entre amis pour éviter de vous faire piéger.

Des frais seront aussi à payer lorsque vous échangerez vos cryptomonnaies en euros, en général quelques euros par transaction. Et il vous restera encore des impôts à payer sur ces revenus, mais aussi sur les éventuelles plus-values effectuées si vous boursicotez avec les crypto-monnaies et récupérez vos gains : 30 % de « flat tax » si c'est en tant que particulier, à titre occasionnel. Selon vos revenus BIC/BNC déclarés si c'est votre activité professionnelle.

Et ne comptez pas « oublier » vos déclarations. Car tout compte détenu à l'étranger (notamment sur les plateformes de type Coinbase ou autre) sont à déclarer aux services fiscaux. En cas d'oubli « vous risquez une amende de 1 500 euros par compte non déclaré. Si le compte est situé dans un État qui n'a pas conclu avec la France de convention de lutte contre la fraude et l'évasion fiscales, l'amende sera de 10 000 euros par compte ».

Méfiez-vous des vendeurs de bonheur

Bref, comme toutes les promesses « d'argent facile » et autres « revenus passifs » qui se multiplient en ligne, via les réseaux sociaux ou encore sur YouTube et sa plateforme publicitaire, prenez garde : s'il y a effectivement des revenus potentiels à tirer de telles activités,  ce n'est jamais aussi simple que certains veulent vous le faire croire.

N'oubliez donc pas quelques règles d'or, comme le fait que sur de tels marchés, ce sont rarement les derniers arrivés qui ont le plus à gagner. Contrairement aux « vendeurs de pelles » et de conseils. Quand bien même ils tourneraient des vidéos dans de belles villas dans des pays du sud, conduisant de grosses voitures de luxe.

Car en matière de minage, comme de dropshipping et autres revenus « pour arrêter de travailler grâce à cette méthode révolutionnaire », les plus enthousiastes sont en général ceux qui ont une formation ou un livre blanc à vous proposer. Parfois gratuit pour le premier (sans intérêt), seulement pour récupérer votre email à peu de frais.

  • Introduction
  • Des GPU plus performants et efficaces, mais pas que
  • Minage, pools, halving et compagnie
  • Coût du minage et machines utilisées
  • Gare à la notion de difficulté
  • Miner aujourd'hui, est-ce rentable ?
  • Pensez au coût d'acquisition, l'évolution du cours, les frais, impôts...
  • Méfiez-vous des vendeurs de bonheur
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