PC dans le cloud Shadow : encore du retard... et du non-dit

On s'était dit rendez-vous dans dix ans
Systèmes 8 min
PC dans le cloud Shadow : encore du retard... et du non-dit

Comme on pouvait s'y attendre, après plusieurs mois sans nouvelles de l'évolution sur ses offres Ultra et Infinite, Blade vient d'annoncer un nouveau retard. Elles ne sortiront pas un an après leur annonce mais... début 2021 (au mieux). Ce n'est d'ailleurs pas la seule mauvaise nouvelle pour l'entreprise.

Le début d'année n'a pas été facile pour Blade, qui a décidé de changer de fournisseur pour sa nouvelle offre composée des machines Ultra et Infinite. La startup mettait de côté OVH pour revenir à son actionnaire 2CRSi, lui proposant des conditions plus favorables, un sujet que nous avons déjà longuement détaillé.

Ce choix du conseil d'administration avait causé un premier retard de six mois, annoncé fin janvier. L'idée était alors de boucler la conception avec 2CRSi de manière à lancer la nouvelle offre à la fin de l'été, des fonds devant être levés dans le même temps.

Boucler Ultra et Infinite en six mois : mission impossible ?

Mais la startup Blade s'était à nouveau engagée sur une date alors même qu'elle n'avait pas bouclé ses configurations, sans machine pleinement fonctionnelles. Tout du moins pour répondre au besoin d'une installation en datacenter, en masse, avec la garantie de ne rencontrer que peu de soucis techniques.

Si la stratégie du changement de prestataire à la dernière minute semblait déjà osée, l'annonce d'un nouveau délai si court l'était tout autant. Surtout avec la menace de Covid-19 qui pointait déjà le bout de son nez. Début février, les premiers signes étaient déjà là, notamment en Chine.

Les délais de disponibilité des produits s'allongeaient, les tarifs partaient à la hausse, la GSMA annulait le MWC. Le début d'une longue suite de dominos. Blade avait d'ailleurs déjà évoqué ce problème comme une source de retard pour la livraison de son boîtier Ghost.

On pouvait donc déjà s'attendre à du retard. Mais pas Blade, qui a continué d'avancer, communiquant régulièrement sur l'évolution de ses applications et de son service, sur le gain de clients pendant cette période, son internationalisation et l'arrivée au capital de LG pour une extension à la Corée du sud, son #ItRunsShadow challenge... mais pas tellement sur l'avancée de la nouvelle offre. Une impression de déjà-vu.

Et ce qui devait arriver arriva : l'entreprise a annoncé hier soir un nouveau retard. Pour l'offre actuelle (Boost), aucune nouvelle commande ne sera livrée avant décembre. Pour la nouvelle, il faudra attendre début 2021, les précommandes étant fermées. Une simple « prévision » pouvant évoluer, précisera Victor Grimoin, qui a encore été envoyé au front pour annoncer la nouvelle dans un court Shadow News (24 minutes) à l'ambiance pesante.

Shadow Boost Décembre 2020
Commandez Shadow Boost en août, vous serez livré en décembre

La faute au coronavirus, quid des annonces de 2CRSi ? 

Nous ne reviendrons pas en détails sur ce dernier, peu de concret ayant été évoqué. La raison du retard était toute trouvée : l'impact de la crise sanitaire est à l'origine de l'abandon de commandes par les fournisseurs, de retards et d'accès limité aux datacenters.

La startup paierait aussi sa petite taille face à des acteurs de plus grande envergure, une manière d'expliquer pourquoi, pour d'autres, l'accès aux datacenters et les approvisionnements ne posent pas tant de problèmes. L'équipe dit également avoir attendu d'être sûre de ses informations avant de communiquer.

Mais elle oublie de préciser qu'elle ne commande pas les composants et ne monte pas les baies qu'elle utilise. Elles sont conçues par 2CRSi qui gère les approvisionnements, les assemble et lui fournit (sous la forme de crédit-bail). Ces serveurs peuvent ensuite être installés dans les datacenters (Equinix) où Blade loue de l'espace.

Le strasbourgeois annonçait d'ailleurs dans un communiqué fin avril que tout allait bien : la commande de 24,9 millions d'euros avait été confirmée, les nouvelles machines disposent d'un design original exploitant « certains concepts de Gaudi » notamment pour le refroidissement. Ce qui leur a valu le nom de code Godi.

2CRSi vantait alors l'économie d'énergie de 30 % par rapport aux standards du marché, mais évoquait surtout des livraisons à Blade devant avoir lieu de mai à octobre 2020 pour « les produits dont les composants sont soit en stock soit financés par des contrats de location-acquisition ».

Où en est le projet ? Blade toujours aussi flou

Que s'est-il donc passé depuis ? Soit ces livraisons concernaient les machines de la nouvelle offre et le plan annoncé par 2CRSi fin avril pour mai ne s'est pas réalisé, ce qui serait étonnant vu le peu de délai entre les dates. Soit l'entreprise ne parlait que des machines de l'offre actuelle (Boost) et savait donc déjà que des soucis d'approvisionnement touchaient Ultra/Infinite. Auquel cas, un risque de retard aurait pu être communiqué dès lors.

Lors du Shadow News d'hier soir, tant Victor Grimoin que Ness Benamran, responsable des opérations (COO) depuis 2016, ont martelé que le retard ne signifie pas que rien n'a été fait ces derniers mois. Sans pour autant détailler l'avancée concrète du projet, à une exception près : la livraison des machines actuelles (Boost) n'est pas stoppée.

En effet, malgré tous les soucis évoqués par l'entreprise pour Ultra et Infinite, l'entrée de gamme continue d'être mise en place et livrée aux clients, avec néanmoins un peu de retard (un mois) sur le planning initial. Mais cela ne concerne que les commandes antérieures, les nouvelles devant attendre décembre.

Interrogé 2CRSi n'a pour le moment répondu à nos questions. Blade nous indique que ce dernier a validé les configurations devant être installées, sans plus de détails.

Shadow Infinite Ultra Retard 2021
La nouvelle offre arrive « bientôt », le stockage additionnel n'est plus proposé à la vente non plus

La valse des PDG

Hier, on s'attendait d'ailleurs à voir le nouveau PDG intervenir. C'était en effet la tradition lorsqu'Emmanuel Freund, l'un des co-fondateurs, était aux commandes. Jérôme Arnaud, qui assurait la présidence depuis septembre dernier, avait fait de même lorsque le premier retard avait été officialisé en janvier.

Après le départ mi-avril de Freund, qui avait décidé de se concentrer sur un autre projet après la crise OVH/2CRSi, il ne devait rester que de manière transitoire. Mais aucun remplacement n'a été annoncé depuis. Le président de Blade est toujours son entreprise, qu'il utilise comme intermédiaire : Silveraje Consult.

Cela veut-il dire qu'aucun nouveau PDG n'a été nommé depuis avril ? Pas vraiment. Nous avions appris que Cyrille Even occupait le poste depuis Singapour. Plutôt apprécié en interne, il n'a pas vraiment eu l'occasion de jouer pleinement son rôle du fait de la crise sanitaire. Et la discrétion de Blade sur sa nomination, notamment lors des annonces d'hier, est simple : selon nos informations, il quittera l'entreprise dans les jours à venir. 

Jérôme Arnaud ne reprendra pas sa suite, puisqu'il est également sur le départ. Qui sera donc en charge dans cette période qui s'annonce tant vitale que difficile, notamment pour s'assurer qu'un nouveau retard ne sera pas annoncé en janvier prochain ? Interrogée sur le sujet, Blade nous a confirmé qu'Arnaud avait bien piloté une levée de fonds « intermédiaire », sans nous en donner les détails ou le montant. Concernant la nouvelle gouvernance « quasiment bouclée » rien ne sera communiqué avant la rentrée. 

L'offre stagne, les défis augmentent

Sur le court terme, Blade n'a néanmoins pas trop de souci à se faire. Le gros de son équipe reste en place, ses finances ne la mettent pas en danger, mais sa situation se complexifie de mois en mois. 

Tout d'abord du fait de la concurrence qui augmente : GeForce Now se renforce chez NVIDIA, Microsoft va arriver avec son abonnement unifié contenant le Game Pass et xCloud en France avec la Xbox Series X, Stadia continue d'évoluer, d'autres devraient suivre... 

Pendant ce temps, la startup a réduit sa capacité à accueillir de nouveaux clients, continue de ne proposer que des GeForce GTX avec de vieux Xeon. Elle ne passera aux GeForce RTX qu'en janvier prochain. La nouvelle génération devant être officialisée en septembre, sera-t-elle utilisée en remplacement ? Non répond l'équipe qui dit vouloir tout d'abord livrer ce qu'elle a promis avant de penser à d'éventuelles mises à jour.

Le temps où l'évolution constante et régulière des machines, permise par le PC dans le cloud et vantée par Shadow, est donc bien loin. De fait, la nouvelle offre arrivera au mieux en 2021 avec une plateforme dont les GPU ont été lancés en août 2018, remplacés tout comme leur CPU entre temps. Ces composants seront-ils encore produits et disponibles à l'achat à ce moment-là (s'ils n'ont pas été réservés) ?

Mais si NVIDIA migre rapidement son GeForce Now, cela pourrait causer du tort à Shadow. Ce, malgré ses tarifs qui restent abordables. Il faudra désormais attendre plusieurs mois pour savoir si l'entreprise et son offre ont un réel avenir, et comment elle arrive à se positionner dans l'environnement concurrentiel de 2021.

Blade aura-t-elle un nouveau PDG, les précommandes auront-elles toutes été annulées par les clients ? Le conseil d'administration, après avoir décidé de laisser OVHcloud et ses machines fonctionnelles en plan en janvier, voudra-t-il continuer ou cherchera-t-il les conditions d'un « exit » favorable à ses actionnaires tant que cela est encore possible, si tout ne se passe pas comme prévu ? La réponse au prochain épisode...

  • Introduction
  • Boucler Ultra et Infinite en six mois : mission impossible ?
  • La faute au coronavirus, quid des annonces de 2CRSi ? 
  • Où en est le projet ? Blade toujours aussi flou
  • La valse des PDG
  • L'offre stagne, les défis augmentent
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