Avec ses APU Ryzen Mobile 4000, AMD s'améliore mais continue de tromper son monde

Un bon produit ne profite jamais d'un mauvais marketing
Avec ses APU Ryzen Mobile 4000, AMD s'améliore mais continue de tromper son monde

Si AMD se présente souvent comme un chevalier blanc face à Intel dans ses différentes pratiques, le texan est loin d'être tout rose. Notamment avec ses APU Ryzen à la dénomination trompeuse. On espérait que la nouvelle génération arrangerait les choses, ce ne sera pas le cas. Ce qui risque de desservir ces bons produits.

Lorsque les premiers APU Ryzen ont été mis sur le marché fin 2017, AMD avait opté pour une dénomination en avance de phase par rapport aux CPU destinés aux PC de bureau. Ils étaient ainsi estampillés 2000 contre 1000 pour leurs prédécesseurs. Le constructeur justifiait alors ce choix par l'utilisation d'une architecture bénéficiant déjà d'améliorations relatives à la gestion de l'énergie, présentée comme « Zen+ ». 

Décalage de référence entre les CPU et les APU : cela doit cesser !

Les Ryzen de 2e génération ont ensuite été mis sur le marché en avril 2018, reprenant nombre de ces avantages. On aurait donc pu considérer que tout allait pour le mieux, dans le meilleur des mondes.

Mais AMD a fait exactement ce qu'il reproche à Intel de faire : du gloubi-boulga de référence au nom d'un renouvellement des gammes, même si cela n'a aucun intérêt technique : les APU Ryzen 3000 étaient nés. Présentés au CES l'année dernière, ils n'apportaient presque rien : officiellement une finesse de gravure passant parfois de 14 nm à 12 nm (mais pas toujours), des fréquences en hausse de quelques centaines de MHz dans le meilleur des cas.

Mais dans la pratique, on peine à voir la différence, l'efficacité énergétique n'étant pas améliorée. Bref, des produits sans véritable intérêt qui n'avaient qu'un but : permettre à AMD d'annoncer qu'il avait du neuf à proposer, alors que ce n'était pas le cas. Pour le consommateur, la situation a donc empiré.

Car avec une référence pareille, il peut avoir l'impression d'avoir droit à un produit Ryzen de 3e génération alors que ce n'est pas le cas. La 3e génération de Ryzen étant basée sur une architecture Zen 2 et une finesse de gravure en 7 nm. Cela n'a pas empêché le texan de continuer.

Des Ryzen Mobile 4000, des Athlon Silver/Gold 3000 : AMD s'Intelise

Ainsi, avec l'arrivée des APU Renoir, basés cette fois sur Zen 2, on espérait qu'AMD ferait une sorte de mea culpa, trouvant une solution intermédiaire pour rattraper son erreur. Cela n'a pas été le cas. Il y aura donc à nouveau tromperie sur la marchandise pour ces APU Ryzen Mobile 4000 qui n'ont rien à voir avec la 4e génération.

Si le texan prend bien garde à évoquer dans sa présentation publique des « 3rd Gen AMD Ryzen 4000 Mobile Processors », c'est loin d'être ce à quoi sera exposé le consommateur lors de son achat (le tableau ci-dessous est un bon exemple). La confusion risque d'être renforcée par un autre choix : coller aux pratiques d'Intel sur l'entrée de gamme.

Ainsi, après les Celeron Silver et Pentium Gold, voici les Athlon Silver/Gold (mais pas de Duron). Et comme leurs concurrents, la dénomination recule d'une génération... mais le texan a choisi de ne le faire que sur mobile, pas pour les CPU pour PC de bureau. On se demande parfois ce qui passe par la tête des équipes en charge du naming...

Notez également la mise en place d'un niveau de segmentation suplémentaire, AMD se vantant jusqu'à maintenant de ne pas user de ce genre d'artifices commerciaux au sein de ses gammes : certains modèles ont le SMT d'activé, d'autres non et sont de type 2C/2T, 4C/4T, 6C/6T ou 8C/8T.

AMD Ryzen Mobile 4000 CES 2020
Qui peut dire en voyant ce tableau distribué par AMD quel produit appartient à quelle génération ?

Jusqu'à huit cœurs dans 15 watts, un marketing borderline

Quoi qu'il en soit, ces puces pourront intégrer jusqu'à huit cœurs, un record dans le monde mobile pour le moment, surtout avec un TDP de seulement 15 watts. Il sera d'ailleurs intéressant de voir les performances et les fréquences dans la pratique de telles puces, dont on espère qu'elles seront aussi exploitées dans des mini PC.

Ici, AMD était en retard sur Intel qui était passé à six cœurs pour ses puces mobiles dès avril 2018 sur sa série H. Il passera à huit sous peu avec Comet Lake-H. Le texan reprend donc de l'avance.

On comprend d'autant plus mal que Lisa Su ait choisi d'opter pour un marketing un peu trop agressif, à la limite de ce que l'on peut accepter. Cela a commencé avec un graphique où les performances Cinebench et 3D Mark sont combinées, mettant en avant un saut important sur les Ryzen Mobile 4000 (sans doute du fait du passage à huit cœurs), lorsqu'Intel donne l'impression de stagner, sans résultat dès 2019. 

En réalité, le point correspondant à Intel en 2019 est masqué subtilement par celui d'AMD dans la présentation exposée en direct... mais pas dans sa version distribuée à la presse. Dans tous les cas, l'échelle et les scores de cet élément interpellent puisque cela donne un gain de 45 % selon nos mesures, sans que l'on sache à quel CPU d'Intel AMD fait référence. Malheureusement, le détail n'est pas donné dans les notes légales. Nous tenterons d'en savoir plus sous peu.

D'ailleurs dans ses comparatifs de performances, AMD prend bien garde à opposer ses nouvelles puces à huit cœurs avec des modèles Ice Lake, qui n'en contiennent que quatre. Pourtant, les Core de 10e génération se composent aussi de Comet Lake qui peut grimper à six cœurs avec un modèle comme le Core i7-10710U : 6C/12T, 24 EU, 12 Mo de cache, TDP configurable de 12,5 à 25 watts, jusqu'à 4,7 GHz.

AMD Ryzen Mobile 4000 CES 2020AMD Ryzen Mobile 4000 CES 2020
Un marketing trompeur, ça passe aussi parfois par des graphiques mélangeant différents scores, les genres, avec quelques oublis

Le constructeur pourrait avancer que c'est l'architecture la plus avancée de son concurrent, gravée en 10 nm, mais ce n'est pas pour autant une concurrente directe d'un point de vue technique. Cela permet néanmoins à Lisa Su d'afficher un gain de 90 % côté CPU, de manière assez artificielle. Cette façon de faire est d'autant plus regrettable qu'AMD serait sans doute également devant avec une comparaison plus honnête.

Il faudra d'ailleurs attendre l'intervention d'un autre membre de l'équipe d'AMD venu vanter les mérites de la série H pour avoir droit à des comparaisons plus en phase avec la réalité, montrant un Ryzen 7 4800H plus performant qu'un Core i7-9750H à TDP équivalent. Rappelons tout de même que les TDP AMD et Intel ne sont pas comparables.

Un TDP en hausse, un GPU en baisse

Le TDP reste de 15 watts pour la série U mais passe de 35 à 45 watts pour la série H. Une manière pour AMD de permettre une hausse des performances afin de mieux s'opposer à Intel, en espérant que cela ne se fera pas trop au détriment de la chauffe des machines ou de leur autonomie.

Le texan évoque un gain en performance par watt de 124 % par rapport à la génération précédente, sur Cinebench R20. Un gain impressionnant, dû pour 30 % à l'amélioration de l'architecture, qui n'est pas détaillée, et à 70 % au passage à une finesse de gravure en 7 nm.

Bien entendu, le TDP sera configurable à la baisse (12 watts) ou à la hausse (25 watts) pour la série U, à la baisse jusqu'à 35 watts pour la série H. Les partenaires utilisent en général cette possibilité pour adapter le fonctionnement de la puce aux contraintes de leurs systèmes de refroidissement. Il faudra donc être vigilant sur ce point.

On trouve de 5 à 12 Mo de cache L2/L3 selon les modèles, contre 5 à 6 Mo pour la génération précédente. C'est mieux, mais bien en dessous des 35 à 70 Mo des processeurs Zen 2 de bureau. Un choix sans doute fait pour réduire la taille de la puce, son coût et sa consommation énergétique.

AMD Ryzen Mobile 4000 CES 2020AMD Ryzen Mobile 4000 CES 2020

Mais AMD n'a pour le moment livré que peu de détails techniques sur ces puces, notamment sur les sujets qui fâchent. Le constructeur ne vante ainsi pas trop sa partie graphique, pour ne pas avoir à dire trop fort quelle architecture est utilisée. Aux dernières nouvelles il s'agit de Vega, nous verrons comment le constructeur présente les choses lors des premiers tests, lorsqu'il faudra décrire précisément l'ensemble de la puce. 

Quoi qu'il en soit, le nombre d'unités est en baisse : de 2 à 7 selon les cas contre de 3 à 10 précédemment. Est-ce que ce sera compensé par un autre élément, où le choix a-t-il était fait d'intégrer plus de cœurs CPU au détriment du GPU ? Impossible à dire pour le moment, AMD se contente d'affirmer que sa partie graphique est jusqu'à 28 % plus performantes que celle d'Intel, dans le graphique présenté plus haut (3DMark Time Spy), 18 % dans son communiqué (3DMark 11).

La disponibilité de tous ces processeurs est attendue à partir du 1er trimestre 2020. Lenovo les intégrera dans son Yoga 7, ASUS à son Zephyrus G14. Une centaine de designs sont attendus pour le courant de l'année 2020, sans plus de détails pour le moment. La grande bataille sera sans doute pour la rentrée scolaire.

SmartShift is not the new Hybrids Graphics

Il ya quelques années, à une époque où SLI et CrossFire étaient encore des technologies dans le vent, AMD avait misé sur un avantage qu'il était le seul à pouvoir proposer : faire travailler ensemble une Radeon et la partie graphique d'un APU pour offrir de meilleures performances globales.

En 2008, elle était connue sous le nom d'Hybrid Graphics, en 2011 sous celui de Dual Graphics. Depuis, l'idée avait été abandonnée, les résultats n'ayant pas été très probants à l'époque, notamment du fait des soucis liés aux solutions de type CrossFire. En 2019, le constructeur a donc changé d'approche avec SmartShift :

L'idée n'est plus de profiter des deux parties graphiques pour les mettre en commun, mais d'assurer un fonctionnement plus intelligent entre le CPU et le GPU, privilégiant l'un ou l'autre au cas par cas. Une approche en général mise en œuvre au sein d'un processeur avec partie graphique intégrée, ce qui est plus complexe lorsque le GPU est une puce tierce.

Il s'agit donc en réalité d'adapter la distribution de la puissance, et donc la fréquence/TDP des APU et GPU selon que l'utilisation de la machine nécessite plus l'un ou l'autre. Intel avait misé sur cette approche pour ses Kaby Lake-G au sein d'un même packaging, qui ont sans doute inspiré AMD.

La société en profite cette fois pour en faire un avantage réservé exclusivement à ses Radeon. Une manière de tenter de réduire l'intérêt d'utiliser une GeForce avec ses processeurs, ce qui était encore parfois le cas. Il sera intéressant de voir comment SmartShift est mis en œuvre dans la pratique et si ses résultats sont bons dans toutes les situations.

Notamment dans des jeux où le niveau du CPU peut être plus ou moins élevé. Quel sera alors l'impact sur les performances ? AMD promet des gains dans tous les cas, de 10 à 12 %. Mais pour le moment il ne s'agit que d'une fonctionnalité en test, on ne sait pas quand elle sera exactement proposée ou dans quels cas elle sera activable.

AMD indique que ce sera le cas du Dell G5 Special Edition à base de Ryzen Mobile 4000 série H et de Radeon RX 5600M, attendu pour le second trimestre pour 799 dollars.

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  • Décalage de référence entre les CPU et les APU : cela doit cesser !
  • Des Ryzen Mobile 4000, des Athlon Silver/Gold 3000 : AMD s'Intelise
  • Jusqu'à huit cœurs dans 15 watts, un marketing borderline
  • Un TDP en hausse, un GPU en baisse
  • SmartShift is not the new Hybrids Graphics
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