Livebox 5 : une simple révision avec quelques astuces marketing

Et une conception plus écoresponsable
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Livebox 5 : une simple révision avec quelques astuces marketing

La Livebox 5 d'Orange vient d'être officialisée. Ne vous attendez pas à une révolution technique, puisqu'elle reprend les grandes lignes de la version 4 avec un design simplifié et plus compact. Pour éviter toute déception, le FAI use de quelques techniques marketing qu'il faut savoir déminer.

Ce mercredi, Orange a présenté sa « nouvelle » Livebox 5. Un produit déjà connu, puisqu'il était décortiqué par des testeurs depuis plusieurs mois. Il était alors présenté comme une simple évolution de la Livebox 4, plus compacte et limitée à la fibre, intégrant nativement l'ONT.

Nous étions donc forcément interloqués par ce changement de nom, semblant indiquer un plus grand niveau d'évolution. Des changements seraient-ils intervenus en dernière ligne droite ? Nos échanges avec les équipes du FAI nous ont confirmé que ce n'était pas le cas, la Livebox 5 étant surtout un changement d'emballage et de discours.

Détaillons les choix techniques effectués. Pour ceux qui s'intéressent plutôt à l'évolution de l'offre commerciale, notamment face à la concurrence, direction Next INpact :

Un manque de transparence évident

Autant le dire clairement, s'il y a bien un effort à faire chez le FAI, c'est dans la transparence sur la composition de ses produits. Si l'on sait qu'il est toujours conçu en partenariat avec Sagemcom, c'est presque tout.

Le SoC utilisé ? La quantité de mémoire embarquée ? La provenance des puces réseau ? Le débit des bandes Wi-Fi ? Rien n'est détaillé dans les documents publics du FAI. Certes, la plupart des clients n'ont que faire de ces informations, mais ce n'est pas le cas de tout le monde. Surtout qu'elles sont essentielles à la compréhension de son fonctionnement, son évolution, ou même le niveau de performance apporté par rapport à des solutions concurrentes. 

Une société telle qu'Orange devrait être en pointe sur le niveau d'information délivré à ses clients. Et là... c'est tout sauf le cas. Nous avons bien entendu interrogé le FAI sur le sujet. Nous compléterons cet article dès que nous aurons obtenu des réponses détaillées sur les différents points évoqués. 

Le Wi-Fi intelligent : une astuce logicielle

Mais cette absence d'information permet aux moins attentifs de ne pas comprendre que, dans cette Livebox 5, il n'y a pas grand-chose de nouveau. Le meilleur exemple tient au discours sur le Wi-Fi « intelligent ». 

Largement mis en avant lors de la présentation à la presse, il n'a rien de nouveau. Orange l'évoquait dès avril 2017 au lancement de la Livebox 4. Mais depuis, nous n'en avions presque plus entendu parler. Et pour cause, une mise à jour logicielle devrait l'activer au sein des versions 4 et 5 qui ont des caractéristiques similaires à ce niveau.

C'est le fameux « Super Wi-Fi », une terminologie inventée par le marketing d'Orange pour désigner une solution Wi-Fi 5 (802.11ac). Lors du lancement de la Livebox 4 ses débits étaient précisés : 450 Mb/s MIMO 3x3 sur la bande des 2,4 GHz et 1 733 Mb/s MIMO 4x4 sur la bande des 5 GHz.

Rien n'indique que cela a évolué, on sait pour le moment seulement qu'il s'agit d'une puce Quantenna d'ON Semiconductors qui est utilisée, sans plus de précision sur le modèle exact.

Mais la communication d'Orange est à la « frugalité » technologique plus qu'aux records de performances, et il y a désormais bien mieux sur le marché que la solution proposée. Dans l'ère du tout IA, mettre en avant une solution dite intelligente est donc bien meilleure pour soigner son marketing.

Mais où se trouve donc l'intelligence ? Tout simplement dans deux fonctionnalités qui sont assez communes dans le monde du réseau sans fil, mais qu'Orange dit avoir travaillé avec des algorithmes propriétaires afin d'obtenir de meilleurs résultats, notamment dans les environnements perturbés (comme les appartements en ville par exemple).

Ainsi, les Livebox 4 et 5 une fois à jour peuvent adapter constamment (et pas seulement à la configuration) le canal utilisé pour choisir celui qui est le moins encombré et offrira les meilleurs débits. Idem pour la bande de fréquence, 2,4 GHz ou 5 GHz, qui sera choisie pour améliorer l'expérience sur chaque appareil.

Des objectifs similaires au Wi-Fi 6 qui n'a pourtant pas été retenu.  « Les tests ont permis de montrer une amélioration de 40 % des débits descendants (en comparaison avec le Wi-Fi des Livebox non équipées) » précise le FAI. Un Wi-Fi qui n'était pas de la même génération et ne pouvait de toute façon pas atteindre les mêmes débits, facilitant la mise en avant d'un écart important. Là aussi, des détails techniques plus clairs auraient permis à chacun de le comprendre.

Une stratégie à l'opposé de Free, le geek célibataire n'est pas la cible

Pour ce produit, Orange ne mise pas vraiment sur les technophiles, comme s'il avait abandonné l'idée de les récupérer, préférant les laisser à Free en se focalisant sur un public moins informé sur ces sujets, mais plus massif.

Le discours des représentants des FAI était d'ailleurs bien rodé : l'objectif est de s'adresser au parc existant et ses millions de clients, pas d'introduire des technologies qui seront largement utilisées seulement dans quelques années. Surtout qu'elle sera la première à viser tant le marché grand public que l'offre professionnelle (avec deux prises téléphone).

« La bonne technologie, au bon moment » résumera Fabienne Dulac. On a tout de même senti les équipes fébriles lorsque l'on avait tendance à insister sur le sujet. Car même si l'on met de côté l'absence du Wi-Fi 6, dont on peut se dire qu'il vient seulement d'être certifié et demandera sans doute encore un peu de temps avant de montrer tout son potentiel, un autre point chagrine : l'évolution du débit fibre à 2 Gb/s « partagés ».

Orange ne veut pas entendre parler de fibre à 10 Gb/s, puisque selon Fabienne Dulac, les infrastructures et réseaux actuels sont tout sauf taillés pour de tels débits. Free appréciera. La société a donc doublé ceux de son offre, ce qui lui permet au passage de justifier d'une augmentation de tarif de deux euros par mois (avec plus de services).

Livebox 5 Fibre
Les plus attentifs noteront que les deux ports USB 3.0 de la Livebox 4 ont été remplacés par un port USB 2.0

On lui accordera un point : le 10 Gb/s est encore coûteux et pas forcément très répandu, c'est d'ailleurs pour ça que des constructeurs regroupés l'alliance NBASE-T, poussent depuis 2014 à l'émergence du Multi-Gig à 2,5 ou 5 Gb/s. Une solution de compromis, standardisée en 2016, permettant de sortir de la limite d'1 Gb/s à court terme.

Et bien là aussi, Orange a décidé de rester sur les mêmes caractéristiques techniques de la Livebox 4 avec quatre ports à 1 Gb/s, réduisant sans doute d'autant l'intérêt de son produit dans le temps. Dommage pour une solution qui se veut écoresponsable et durable. Fabienne Dulac préfère ici préciser qu'il peut aussi évoluer dans le temps. Dans ce cas, une approche avec des modules extractibles à remplacer par le client aurait peut-être été bienvenue.

Quoi qu'il en soit, pour profiter de 2 Gb/s, il faudra utiliser plusieurs appareils en simultanée : « idéal pour la famille ». Malheureusement, les célibataires n'auront pas droit à une remise même s'ils n'utilisent constamment qu'1 Gb/s. Ils devront donc se tourner vers une autre offre, comme celle de Sosh, pour ne pas être perdants. 

Une conception plus écoresponsable, un problème de marketing

Doit-on blâmer Orange pour cela ? Fabienne Dulac a rappelé assez justement que chaque FAI avait sa stratégie. Celle de ne pas être en avance de phase sur les technologies embarquées par la Livebox est un choix assumé, cohérent avec le discours global de la société. Et après tout, 1 Gb/s et du Wi-Fi 5 sont suffisants pour l'utilisateur lambda.

Pour autant, cette position est incohérente avec d'autres choix de la société. Tout d'abord les prix, puisque l'offre Up d'Orange à 50 euros par mois est plutôt dans la tranche haute, qui implique en général une expérience Premium. Ici, ce n'est pas le cas (sans parler du temps passé à dépoussiérer toutes ces rainures).

Ensuite, le choix d'évoquer une Livebox « 5 », alors qu'il s'agit plutôt d'une version 4.1 ou 4 « Light Edition » ou plus simplement « Fibre » comme dans certains documents. Car le PCB est simplifié, le design passif, l'écran disparaît au profit de voyants, il n'y a plus qu'un port USB 2.0, la réparation est plus facile, le plastique est 100 % recyclé alors que ce n'était le cas que de la base de la box auparavant, l'empreinte carbone réduite, etc.

Mais la base technique n'évolue pas ou très peu. La Livebox 5 consomme 6,6 watts « avec connexion au réseau » au bout de cinq minutes (donc en veille) contre 7,3 watts pour la Livebox 4. Soit une baisse de de 9,6%.

Des décisions qui se veulent écoresponsables et qui sont louables, Orange rappelant que « chaque année, ce sont 2,7 millions de Livebox qui sont réemployées, et 100% des box restituées qui sont recyclées ». On peut tout de même tiquer sur le choix d'une société autrichienne pour le flux de recyclage du plastique (le tri des Livebox pour leur réparation et leur recyclage étant effectué à Montauban). Orange et Sagemcom nous ont affirmé ne pas avoir trouvé de prestataire français proposant un produit de qualité suffisante pour répondre à ses exigences, d'où le choix de MGG. Dont acte.

Mais nos regrets dans le discours d'Orange vont un peu plus loin. Par exemple dans la présentation du nouvel emballage, il nous avait été précisé que la réduction de la taille de la boite permettait une augmentation du nombre de produits mis en palette : 232 contre 204 pour la précédente Livebox. De quoi réduire le besoin de transport.

Mais notre œil affuté par des années d'analyse de box de FAI a remarqué que le packaging était identique à celui de la Livebox 4 telle qu'elle est actuellement livrée par Sosh par exemple. Ce que nos interlocuteurs ont confirmé, précisant que les efforts environnementaux sont constants chez Orange... et donc pas spécifique à cette Livebox 5.

Il en va de même pour la mise en scène de la box dans différents environnements avec des produits comme son décodeur TV, le relais Wi-Fi ou la clé TV. Autant d'éléments annexes qui ont déjà été mis sur le marché avec la Livebox 4 et qui trouvent logiquement leur place auprès de cette nouvelle révision. 

La stratégie d'Orange est intéressante mais inaudible

Bref, nous ne ferons pas nos geeks frustrés par l'absence des dernières normes à la mode dans cette nouvelle Livebox, plutôt séduits par la volonté d'Orange de faire mieux sur le plan environnemental, bien que l'on puisse toujours aller plus loin. Nos regrets sont multiples, mais ailleurs. 

Tout d'abord le manque de transparence et de franchise du FAI sur ce qu'est réellement cette Livebox 5. Simple itération du modèle précédent, elle a été conçue de manière plus écoresponsable, mais sans doute aussi pensée pour être moins coûteuse, surtout dans la période d'exploitation à venir alors que la concurrence a misé sur une offre haut de gamme. Ce, malgré une hausse de prix de 2 euros (accompagnée de nouveaux services intégrés).

Assumer cette stratégie, pousser à la frugalité technologique, ne pas inciter au renouvellement pour le renouvellement, c'est aussi dire clairement que nous ne sommes pas là en présence d'une Livebox 5. Jouer la carte du produit qui n'est pas à la pointe mais mise sur la stabilité et la bonne expérience pour tous est une chose. Encore faut-il l'assumer sans essayer de le faire passer pour ce qu'il n'est pas.

Faire disparaître la notion de « Super Wi-Fi » pour mieux mettre en avant un « Wi-Fi intelligent » qui n'a rien de révolutionnaire et date de deux ans, bien qu'il ne se concrétise que maintenant, est aussi un choix qui nous paraît douteux. D'autant que l'on peut s'attendre à ce que les résultats concrets soient éloignés des chiffres évoqués. 

Interrogée sur le statut de Djingo, attendu pour le printemps mais toujours pas sorti (si ce n'est en Allemagne chez le partenaire Deutsche Telekom), Fabienne Dulac nous a répondu assumer la volonté du groupe de vouloir prendre son temps pour finaliser un produit qui doit correspondre à l'exigence de qualité d'Orange. C'est une bonne chose.

Espérons qu'à l'avenir, cette exigence se traduira également par une communication plus claire quant à l'évolution et la composition de ses box. 

  • Introduction
  • Un manque de transparence évident
  • Le Wi-Fi intelligent : une astuce logicielle
  • Une stratégie à l'opposé de Free, le geek célibataire n'est pas la cible
  • Une conception plus écoresponsable, un problème de marketing
  • La stratégie d'Orange est intéressante mais inaudible
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